Carl Gustav Jung, l’âme en thérapie...

Apocalypsis de Catherine Arto - © Inconnu |
Carl Gustav Jung (1875-1961), psychiatre de renommée internationale, président de la première Association psychanalytique internationale et dauphin désigné de Freud avant de rompre avec lui en 1912-1914, sur des questions théoriques comme celle de la libido et de l’inconscient collectif, mais sans doute sur un désaccord profond d’ordre anthropologique, notamment sur le concept de sujet divisé dont Jung ne recherche que l’unité.
Il a été l'inventeur et le fondateur de la psychologie analytique qu’il nomme régulièrement psychologie des profondeurs.
Dans son autobiographie « Ma vie » Jung raconte sa rencontre avec l’inconscient. Enfant, il souffre d’une phobie scolaire, accompagnée de symptômes violents, des syncopes, le contraignant à rester à la maison. Cette maladie était une aubaine pour lui, car ainsi, il ne serait plus obligé d’aller se confronter au monde et à l’école. Il était un enfant très curieux qui apprenait de ses lectures solitaires dans la bibliothèque de son père, et de ses longs après-midis passés dans la nature. Un jour, il entend une conversation entre son père et le médecin, celui-ci posant le diagnostic d’une maladie rare qui, si elle devait se prolonger, deviendrait handicapante. Il allait falloir mobiliser des fonds pour le traitement et trouver une structure d’accueil pour plus tard. L’enfant Jung prit conscience qu’il allait être une charge à vie pour ses parents et cette idée l’horrifiait !
Il prit alors la décision de fournir un énorme effort sur lui-même pour sortir de cette impasse et se mit à faire des exercices afin retrouver la mobilité physique qu’il perdait peu à peu. Grâce à sa volonté, il réussit à reprendre le chemin de l’école. Il avait pris conscience de l’existence en lui de forces inconscientes puissantes qui avaient fait le nécessaire pour que son vœu de rester chez lui se réalise. Une « autorité intérieure inconsciente », dit-il, s’était mise en œuvre pour réaliser son désir.
Jung avait dès son plus jeune âge un puissant questionnement existentiel et spirituel, or son père le déçut sur ce point, car malgré qu’il fût pasteur, il était torturé par le doute, sa foi était vacillante et il ne donnait aucun sens à sa vie. Son grand-père paternel étant médecin, cette double filiation a certainement influencé son attrait, à la fois, pour la théologie et pour la médecine. Il n’eut de cesse alors d’analyser ses rêves au cours desquels il voyait en lui-même une double personnalité. L’une très pulsionnelle et plutôt du côté des forces ésotériques, l’autre, rationnelle qui le poussait à faire des études. Il hésita alors entre la biologie, passionné qu’il était de la nature, et la psychiatrie, pour travailler sur cette part inconsciente qu’il venait de découvrir. Il choisit donc la médecine.
Dans une première partie, j’ai essayé de cerner ce qu’est l’âme pour Jung ainsi que sa relation à la spiritualité, et dans une seconde, j’aborde, par un axe seulement, l’énorme continent de sa théorie et de sa pratique thérapeutique.
Jung est choqué par le fait que l’Occident déconsidère les faits psychiques en employant ce genre d’expression : « ce n’est que psychique » ! La question de l’invisible et de ses puissances l’habite totalement. Il s’insurge contre le développement à partir du 19° d’une « psychologie sans âme ».
Je cite : « Alors que le Moyen-Age, l’Antiquité, voire l’humanité tout entière depuis ses premiers balbutiements avaient vécu dans la conviction d’une âme substantielle, on voit naître dans la deuxième moitié du 19°siècle une « psychologie sans âme ».
Avant d’aller plus loin, nous avons besoin de préciser la notion d’âme. Jung emploie le terme allemand SEELE (*1). qui porte les deux sens de « psyché » et d’« âme ». Pour lui ce qui concerne la psyché, le psychique est de l’ordre de l’âme. Jung propose divers rapprochements étymologiques en diverses langues, où l’âme-psyché signifie le souffle, le vent, le mouvement, la force vitale. Un autre mot grec « pneuma » signifiant le souffle, mélange d’air et de chaleur vitale, est souvent identifié au feu pur de l’éther, au souffle du divin. Le mot latin animus, l’esprit et anima, l’âme, est le même que le grec animos qui veut dire vent. Psyché en grec veut dire « papillon », l’âme est représentée par une figure ailée ou par un papillon dans l’art grec antique ou par un oiseau dans l’art Egyptien. Les ailes symbolisent la relation, entre ciel et terre, avec les dieux, avec le divin.
Chez Platon, l’âme était séparée du corps et son incarnation vivifiait la chair. Puis pour Aristote, l’âme est bien une substance, mais pas indépendante du corps, elle est la forme du corps vivant, elle en est le principe de vie. Le vivant, corps et âme devient une unité. Il décrit son concept d’hylémorphisme, où hylé = la matière et morphè = la forme (eidos) (*2). Une pure matière sans forme est impensable. La matière est puissance, en devenir, elle contient ses possibilités et la forme actualise ces possibilités. La forme n’est pas seulement l’apparence extérieure, c’est le principe d’organisation. Exemple, si l’œil était un animal, sa vue serait son âme (*3). Elle est l’essence, la structure vivante ou intelligible de la chose. En quelque sorte ce qui donne sa finalité à la chose.
Donc, jusqu’au 19°S. l’âme était une substance. Elle est ce qui se tient dessous, le support. La substance est l’être concret, son essence, elle est la forme donnée à la matière : la table, l’arbre… De fait, l’être substantiel persiste dans son être malgré ses changements, ses évolutions, comme la substance « graine » persiste tout en devenant arbre. L’âme substantielle est immortelle, elle est ce qui nous met en relation avec le divin.
Thomas d’Aquin et la scolastique, ont repris Aristote.
C’est à partir des grandes découvertes (15° et 16° siècle) selon Jung, que s’affirme de plus en plus l’idée de la substantialité du monde physique aux dépens de celle de l’âme. En bas latin, la substance prendra déjà le sens d’aliments, nourriture, biens, fortune. Descartes distingue la substance étendue et la substance pensante, la brèche s’ouvre vers une possibilité de représentation matérialiste du monde. Alors que la cause première pour l’humain était Dieu, nous dit Jung, depuis le 19° les causes sont matérielles.
Jung lui, défend l’idée de l’unité du « corps et de l’âme ». Il décrit au début de son livre son angoisse existentielle devant une pensée matérialiste du monde qui anéantit toute vision spirituelle, qui nie la part invisible de l’être. Jung ouvre un large champ de recherche partout où il y a « manifestation » de l’invisible. Pour cela il étudie intensément les croyances et rites des peuples premiers, l’histoire des religion ainsi que l’alchimie. Son intérêt pour les phénomènes religieux d’une part, et d’autre part l’étude des phénomènes invisibles et sacrés, ce qu’on appelait à son époque « l’occultisme »(*4), va faire rupture avec Freud. Celui-ci le mettra en garde lors de leur voyage en Amérique : « N’allez pas nager dans la boue noire de l’occultisme ! » lui dit-il. Sa thèse de doctorat en psychiatrie porte le titre évocateur de « Sur les phénomènes prétendument occultes. ». Le mot « occulte » signifie ce «qui est caché, inconnu par nature». Or il expérimente dans sa pratique les manifestations de l’invisible, dont il dit bien qu’elles sont par définition « improuvables scientifiquement », mais il cherche à comprendre ces phénomènes dont il ne peut nier l’existence. Il donne en exemple le cas d’une patiente en consultation lui racontant qu’elle avait rêvé d’un scarabée d’or. A ce moment précis, un scarabée se cogne à la fenêtre de son cabinet(*5). Ce phénomène, cette coïncidence, existe bien, alors comment l’expliquer? que se passe-t-il dans ce genre de synchronicité?
Pour lui, il y a en l’homme quelque chose au-delà de son histoire personnelle, au-delà du roman familial décrit par Freud. Jung opère un véritable remaniement de l’inconscient freudien, un dépassement, jusque dans la technique même de la cure. Son inconscient est constitué plus largement d’archétypes, de modèles psychiques ancestraux et universaux, ces structures mentales innées contenant la mémoire de l’humanité, tels que, l’image de la femme idéale, l’imago dei. Il explique leur existence par le phénomène de sédimentation du vécu à travers les millénaires. Ainsi se dessine son concept d’inconscient collectif, qui, s’il pouvait être personnifié, prendrait les traits d’un être collectif.
Bien que Freud ait été le premier à introduire les mythes grecs comme représentants symboliques de notre psychisme, Jung dit aller plus loin avec son inconscient collectif car il embrasse tous les mythes depuis les débuts de l’humanité et du monde entier. Pour Freud l’inconscient est construit par les refoulements successifs, il est essentiellement «personnel». Il n’a ni passé, ni présent, ni futur, il procède par métonymies et métaphores, et il n’est ni bien ni mal, il est amoral.
Pour Jung, l’inconscient ne connaît pas de neutralité, il est à la fois force de construction, et force de destruction, il a une intention. Contrairement à Freud, pour qui l’homme est le jeu de ses pulsions. Sa théorie des pulsions de vie et de mort se différencie de la conception jungienne. Là où Freud introduit la dialectique entre les deux pulsions vie et mort, comme processus de métamorphose qui est la vie même (Apollon et Dionysos, cf Nietzsche, La naissance de la tragédie), Jung veut unifier les contraires et intégrer les forces du mal (*6).
Pour Jung, l’inconscient peut être menaçant, donc il faut observer ce que veulent ses puissances de l’invisible et trouver comment ne pas être détruit par elles. Il pense que « les Dieux sont devenus nos maladies ». C’est avec notre conception occidentale et moderne du moi, notre conception singulière du sujet, que nous les avons fait passer à l’état de maladies, en les extériorisant en quelque sorte. Or, nous avions, ancestralement, les techniques pour négocier avec ces forces, pour les repousser, techniques que nous avons perdues. Il se réfère aux rituels des peuples premiers tels que ceux décrits par Mircea Eliade (*7). L'homme religieux croit que son acte cultuel peut influencer les évènements du monde. Par ses pratiques, il aide le dieu à manifester à nouveau les évènements tels qu’ils étaient à l’origine. Par cet acte guérisseur il remet le cosmos en ordre. Le savoir nous éloigne du monde mythique et symbolique, nous nous sommes appauvris (*8). Je cite « L'homme est indispensable à la perfection de la création , il est lui-même le second créateur du Monde , il lui donne pour la première fois l'être objectif , sans lequel, jamais entendu jamais vu, enfantant, mourant, le monde se déroulait dans la nuit profonde du nonêtre. La conscience humaine a créé l'existence objective et la signification, et c'est ainsi que l'homme a trouvé sa place indispensable dans le processus de l'être. » (Ma vie, Jung)
Chez Jung la spiritualité, à travers les rites et les actes religieux, participe à l’équilibre psychique ainsi qu’à celui du monde. La psychologie, en tant que science, n’a pas à prouver l’improuvable, mais elle a le devoir d’entendre l’archétype agissant en l’homme. Il écrit « Quand je dis que Dieu est un archétype j’entends par là le type dans l’âme. Le mot « type » vient de topos en Grec, coup, empreinte. Ainsi le mot « archétype » présuppose un empreignant.» (*9). L’arkè signifie commencement, l’archétype est alors le « modèle originel ». La psychanalyse n’a pas à démontrer l’existence de Dieu, mais elle doit donner du sens aux empreintes laissées dans l’âme-psyché de l’archétype. D’autre part, pour Jung, l’inconscient est premier, la conscience naît de l’inconscient, donc l’idée de Dieu était préexistante, l’humain ne l’a pas inventée, il l’a amenée à sa conscience. (p 104 …). Ce qui veut dire que l’idée de Dieu est inscrite dans l’âme humaine. Il écrit (*10) «l’âme est à Dieu ce que l’œil est au soleil» « l’âme est naturellement religieuse. Elle possède une fonction religieuse. ». Pour lui, il y a une vérité de l’expérience religieuse pour chacun, mais aucune religion n’est plus vraie qu’une autre. Il fait bien la différence entre la religion en tant qu’institution et la manifestation du divin dans la vie. La rencontre avec le Christ, écrit-il, est une expérience intime, intérieure et personnelle. Il répondra, lors d’une interview, à la question de savoir s’il croit en Dieu : « Je n’ai pas besoin de croire, je sais. ».
« Le christianisme est notre monde, une couche de notre psyché, un éternel présent, né du Moyen Âge chrétien. » (*11). J’aimerais préciser, né du temps des premiers chrétiens.
Jung nous met face à un paradoxe : il y a un sentiment du sacré en l’homme et l’âme est ce qui lui permet d’y accéder, mais soit il est inconscient, parce qu’il n’en a pas encore fait l’expérience, soit il est conscient, et ce n’est pas prouvable, mais dans les deux cas le divin agit en nous. Je cite « Mais l’homme a du mal à voir La Lumière divine ! » Jung écrit (*12) « Afin de faciliter cette vision intérieure, nous devons d’abord dégager le chemin de la faculté de voir. Comment pourrait-on réaliser ceci sans psychologie, c’est-à-dire sans établir de contact avec la psyché. ». Pour lui, la psychologie est l’art de voir. Elle permet de dévoiler toute la profondeur de l’âme. Bien que ne remettant pas en cause le travail analytique dans les profondeurs de la personne, tel que Freud l’a mis en place, sa pratique va au-delà de la cure par la parole. Il doit y avoir un véritable accompagnement plus intrusif par le thérapeute, comme dans les pratiques des médecines sacrées des chamans, qui rentrent dans l’inconscient de la personne, afin de la guider, et de lui permettre de s’opposer aux « mauvais esprits », ou de récupérer une partie de son âme qui lui a été volée. Lire à ce sujet Castaneda. Il pratique également ce qu’il nomme l’imagination active, une sorte d’hypnose. Jung raconte le cas d’une institutrice souffrant d’insomnie et, dans l’urgence de ne pouvoir la voir qu’une seule fois et se demandant que faire pour elle en si peu de temps, il se surprit en séance à lui chanter une berceuse ! Pratique proche de la pratique chamanique.
La pratique junguienne développe surtout l’interprétation des rêves, et notamment les groupes de rêves. C’est dans les rêves qu’apparaît l’âme, Jung est le maître de l’interprétation des rêves. Je cite « Dans le rêve, plus que dans le conscient se révèle la nature de la psyché, ensemble de stratifications déposées au cours de l’histoire du développement humain. ».
Selon Jung, pour comprendre l’âme humaine nous devons embrasser toute la philosophie, l’histoire, l’histoire des religions, les sciences naturelles, qui servent à la représentation des enchaînements et de la phénoménologie psychiques. Il reprend aux Upanishad la notion de Soi, l’Atman (*13) « l’âme, le principe de vie intérieure », dont le mandala est une représentation symbolique. où le véritable « sujet (le Soi) est un autre »(*14), par opposition au moi, qui est ce que nous croyons être. La dépression est l’expression du manque de dialogue entre le moi et le Soi. L’individuation est alors le processus de « restauration définitive de la personnalité totale » (*15), il s’agit du processus de réunification du soi par « assimilation successive » des strates de l’inconscient personnel et aussi collectif, Et ce travail de réunification est proposé par le rêve, voulu par le rêve.
Notre âme-psyché qui est le Soi, figurée sur le schéma p141, est une totalité structurée entrant en contact avec le monde extérieur et le monde intérieur, deux mondes qui se font écho. La conscience, organe d’orientation du moi, utilise certaines fonctions pour s’orienter, la sensation, la pensée, l’intuition et le sentiment, à partir desquelles Jung établit des « Types psychologiques ». (voir son livre) Jung reprend l’idée que la psychologie dès ses débuts en tant que science (19°) a commencé à faire dériver la conscience de la perception des sens, des sensations. Les fonctions psychiques sont opposées deux à deux. Chaque fonction est dotée d’une quantité d’énergie spécifique, ce qui dessine des personnalités différentes. Les fonctions peu ou pas utilisées sombrent dans l’inconscient. Il est intéressant de connaître sa propre fonction principale, ce qui est nécessaire à l’autocritique et à la connaissance de soi. Ce que nous laissons dans l’ombre nous déborde et se trouve être projeté sur autrui.
Mais cette organisation consciente implique toujours une compensation inconsciente.
Pour Jung, nous pouvons activer les fonctions restées inconscientes grâce à la volonté, force créatrice du moi (*16) et aussi, et surtout grâce à un travail psychanalytique, faisant émerger les profondeurs de l’âme, profondeur n’étant pas équivalent à antérieur.
Le moi, à la charnière entre le monde extérieur et le monde intérieur, est obscur, nous sommes une énigme à nous-même. La conscience du moi est comparée à un bateau voguant sur la mer de l’ « inconscient collectif ». Freud dirait : « le moi n’est pas maître chez lui ». Nous n’en avons pas fini de nous découvrir nous-même, nous sommes des êtres en devenir. C’est la fonction de la mémoire qui nous permet de puiser en nous une nouvelle connaissance de nous-même. Nous oublions et nous ressouvenons sans cesse. D’ailleurs une mémoire totale nous empêcherait de penser, car « penser c’est abréger, simplifier, souligner l’important, éliminer l’accessoire » (*17).
Donc il y a plusieurs niveaux de profondeur dans l’inconscient : le moi qui est la zone frontière entre le conscient et l’inconscient ; les souvenirs ; les contributions subjectives, irruptions soudaines d’idées intrusives par rapport à une situation présente, qui sont encore relativement contrôlables, mais les affects et les irruptions de l’inconscient, sont dans des profondeurs inatteignables, et non maîtrisables. En descendant encore plus loin dans les profondeurs, nous trouvons l’inconscient personnel et l’inconscient collectif.
Jung distingue alors deux catégories d’êtres humains, les introvertis et les extravertis. L’extraverti va plutôt chercher des solutions dans le monde extérieur alors que l’introverti reste fasciné par son monde intérieur et s’enfouit dans ses affects et ses souvenirs.
Mais tous les faits psychiques ne sont pas circonscrits dans ce cercle. Au-delà se trouve l’infiniment grand d’un espace absolument inconnaissable. Il s’agit du réel, que nous ne pouvons qu’interpréter. De la même manière, à l’intérieur du cercle, en deçà de l’infiniment petit, de l’infiniment humain pourrait-on dire, se trouve un monde mythologique et fabuleux dont je cite « Les représentations concrétisées dans les mythes, …, correspondent à des besoins de l’âme humaine » (*18). Dans cette zone psychique, en général les associations libres du rêveur ne projettent plus aucune clarté. D’où la nécessité de connaître les mythes et les archétypes.
Dès que le niveau de conscience baisse nous sommes dominés par notre inconscient. Les premiers hommes, tout comme le tout petit enfant, ne connaissant pas la provenance intime des contenus de l’inconscient, en attribuent la cause au monde extérieur. Ainsi, les pensées intérieures sont des esprits, bien réels pour eux, venant les visiter. Et pour l’enfant c’est la table qui l’a cogné. Le primitif pensait qu’il était possédé par son ou ses complexes, possédé par un démon, lorsqu’il souffrait d’une maladie. Jung a défini les complexes comme des contenus psychiques inconscients à teneur affective. Il les assimile à des êtres indépendants qui font irruption dans le conscient. Mircea Eliade : « Quand Jung décela l’existence de l’inconscient collectif, l’exploration de ces trésors immémoriaux que sont les mythes, les symboles, les images de l’humanité archaïque, commença à ressembler aux techniques océanographiques et spéléologiques. De même que les plongées dans les profondeurs marines ou l’exploration des cavernes avaient révélé des organismes élémentaires depuis longtemps disparus, les analyses psychologiques rapportaient les formes de la vie psychique profonde auparavant inaccessibles à l’étude. »
Conclusion
Aujourd’hui encore, l’hylémorphisme d’Aristote réapparaît dans les débats sur : qu’est-ce que la conscience, l’intelligence artificielle en a-t-elle une ? débats également sur le réductionnisme neuronal c’est-à-dire la réduction de l’esprit à des processus neuronaux.
L’âme humaine n’est pas une simple machine, elle est enracinée dans un corps vivant, des affects, une histoire, une mythologie, une finalité biologique.
Dans ma pratique thérapeutique, la dimension de l’âme-psyché-corps est toujours présente. Je n’en parle pas forcément directement à l’analysant, mais tout mon travail consiste à l’aider à révéler les profondeurs et la vérité de son âme.
Catherine MONTALTO
Bibliographie : C. G. Jung : L’homme à la découverte de son âme, Ma vie, Psychologie et alchimie ; Freud, Métapsychologie
1-Psychologie et Alchimie, C.G. Jung, Buchet et Chastel, p 11 dans la note de bas de page 2-eidos. 3-De Anima II, 1(412b) 4-L’occultisme est l'ensemble des arts et « sciences occultes » tels que l’alchimie, l’astrologie, la magie, la divination, le magnétisme. 5-Dans sa famille il y a des personnes qui ont des dons médiumniques et magnétiques 6-Pour Lacan, l’inconscient est lié au langage et il existe un « sujet de l’inconscient », le sujet que nous sommes dans notre inconscient, mais c’est une autre histoire. 7-Mircea Eliade, Herman Hesse et René Char avaient une grande admiration pour les travaux de Jung. 8-Ma vie, C.G. Jung, chap. 33 9-Psychologie et Alchimie, C.G. Jung, Buchet et Chastel, p 19 10-Ibid, p 13 11-L’homme à la découverte de son âme, C. G. Jung, Albin Michel, p 324 12-Psychologie et Alchimie, C.G. Jung, Buchet et Chastel, p 18 13-Un pur Cela, identique au Brahman, le principe absolu de l’univers. Le moi est ce que je crois être, l’Atman est ce que je suis profondément 14- La rupture entre Freud et Jung, M. Cazenave, Radio France, YouTube 15-C.G. Jung, Op.cit., P 270 16-force créatrice du moi qui est une conquête tardive de l’humanité, c’est une grande magicienne, elle nous fait nous sentir libres. Ce qui présidait à la volonté chez les peuples autochtones, ce sont les rituels, telles les danses guerrières ou de chasse pour se préparer à passer à l’action. 17-C.G. Jung, Op.cit., note p 119 18-C.G. Jung, Op.cit., p 294 |




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